Les mutations agricoles : intensification agricole et abandon de pratiques

Les changements d'usages des terres sont considérés comme l’une des premières causes d’érosion de la biodiversité. L’intensification de l’agriculture, très marquée en Europe du Nord, provoque un déclin important de nombreuses espèces.

Dans les régions méditerranéennes, on observe plutôt un abandon progressif de certaines pratiques agricoles comme le pastoralisme, sur des portions importantes du territoire. La recolonisation de ces espaces par la forêt entraîne une perte de biodiversité, notamment de la faune caractéristique des milieux ouverts.

Comprendre les conséquences de ces évolutions est essentiel pour prédire le devenir des espèces et des écosystèmes et pour proposer puis évaluer l’efficacité de mesures agri-environnementales.

Travaux en cours

Influence de l’implantation de bandes enherbées sur les communautés de carabes, auxiliaires de cultures (futur parc national des Forêts de Champagne et de Bourgogne)

Le territoire du futur parc national des Forêts de Champagne et de Bourgogne est couvert à 45% par des espaces agricoles, majoritairement en agriculture conventionnelle.

Bande enherbée
Bande enherbée entre deux cultures. © T. Couturier

Ces dernières décennies ont été marquées par une homogénéisation des paysages cultivés au profit de cultures céréalières. Elle s’est accompagnée de l’élimination de nombreux éléments semi-naturels tels que les haies et les bordures enherbées. Or, ces infrastructures agro-écologiques favorisent les auxiliaires de culture tels que les carabes et représentent ainsi une alternative viable à l’utilisation massive de pesticides.

Dans cette perspective, des bandes enherbées ont été implantées sur deux parcelles expérimentales. Un suivi des communautés de carabes s’y déroule depuis 2015 selon un protocole basé sur des relevés de pièges Barber puis détermination des individus sous loupe binoculaire.

Premiers résultats attendus en septembre 2019

Sélection des habitats d’alimentation du Crave à bec rouge en période de reproduction dans le sud du Massif central (PN des Cévennes) en lien avec le pastoralisme

Crave à bec rouge
Craves à bec rouge en alimentation © Antoine Herrera

Dans le Parc national des Cévennes, et notamment la région des Grands Causses, on assiste à une densification de la strate herbacée et une dynamique de recolonisation des ligneux en raison des modifications des pratiques d'élevages et un abandon partiel des activités pastorales. 

Ceci pourrait impacter le Crave à bec rouge (Phyroccorax phyroccorax), connu pour s'alimenter en milieux ouverts caractérisés par des pelouses rases pâturées. Des données de végétation sont collectées à plusieurs échelles spatiales sur les sites d’alimentation. Elles ont pour objectif de caractériser la sélection d’habitat par cette espèce pour prédire les effets de modifications des habitats des Causses sur sa population.

Premiers résultats attendus en juillet 2019

Effets du pâturage sur l’abroutissement des pieds de la Gentiane pneumonanthe et la survie des œufs d’Azuré des mouillères (PN des Cévennes)

Azuré
Collecte de données sur gentiane pneumonanthe © Laurette Valleix

L’Azuré des Mouillères (Maculinea alcon alcon) est un papillon classé quasi-menacé sur la liste rouge française. Comme les autres espèces du genre, il possède un cycle de vie complexe et spécialisé. Une pression pastorale modérée est souvent nécessaire pour le maintien de la Gentiane pneumonanthe, unique plante-hôte du papillon.

L’étude a pour objectifs d'évaluer comment cette pression pastorale contribue au maintien des pieds de Gentiane pneumonanthe comme habitat de ponte pour Maculinea, mais aussi à la survie des pontes. 

Le protocole se base sur le suivi de hampes de Gentiane pneumonanthe avec ponte et sans ponte sur une vingtaine de parcelles occupées par l’espèce. Les résultats permettront de définir des modalités de pâturage (intensité, période) afin de préserver les populations de ce papillon menacé.

Premiers résultats attendus en juillet 2019