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Grandes familles de polluants chimiques

Pesticides, perturbateurs endocriniens, pollutions aux plastiques, résidus de médicaments et autres polluants émergents... les polluants identifiés par la société et les réglementations environnementales appartiennent à diverses familles, regroupées selon leurs usages ou  effets.

Pesticides

Un pesticide est une substance utilisée pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles. La réglementation distingue les produits phytopharmaceutiques et les biocides.

  • Les produits phytopharmaceutiques sont destinés à protéger les plantes contre leurs parasites et maladies, et/ou les plantes pouvant leur faire concurrence, dites "adventices". Ils détruisent, repoussent ou rendent inoffensifs les organismes nuisibles par une action chimique ou biologique.
  • Le biocides servent à lutter contre les organismes nuisibles pour la santé humaine ou animale, ou qui endommagent les matériaux naturels ou manufacturés.

Usages : typologie, quantités et réglementation

Les produits phytopharmaceutiques sont régis par le Code rural et de la pêche maritime pour un usage sur les cultures ou les plantes. Les 3 catégories des plus largement utilisés :

  • les herbicides détruisent ou limitent le développement de plantes,
  • les insecticides luttent contre les ravageurs,
  • les fongicides luttent contre les champignons.

Les biocides sont des produits régis par le Code de l’environnement.

Substances actives de produits phytopharmaceutiques : quantités

  • Vente : France au 2e rang européen avec 72 035 tonnes, après l’Espagne (76 940 tonnes) et devant l’Italie (59 963 tonnes)
  • Utilisation (vente rapportée à la surface) : France au 9e rang européen avec 3,7 kg/ha, derrière l'Espagne, l'Italie ou l'Allemagne

Données issues du Plan Ecophyto II+, sept 2018

 

En savoir plus

Données de vente de pesticides par département

Données de vente de pesticides par code postal

 

Zoom sur le glyphosate

"Depuis juin 2018, le Gouvernement s’est engagé à sortir du glyphosate d’ici 2020 pour les principaux usages pour lesquels des alternatives existent et d’ici 2022 pour l’ensemble des usages. Un état des lieux des ventes et des achats de produits phytopharmaceutiques et de glyphosate en France est établi d’après les données de la Banque nationale des ventes réalisées par les distributeurs de produits phytopharmaceutiques (BNV-D)." (CGDD, Data-lab, avril 2019)

Glyphosate : l’Anses fait le point sur les données de surveillance (octobre 2019)

    Pollutions engendrées

    Dans l’environnement, les produits sont plus ou moins toxiques selon les espèces exposées, selon leurs modes d’action, leur persistance et leur capacité d’accumulation dans les êtres vivants. Ainsi, les animaux peuvent être affectés directement par l’ingestion d’aliments, ayant eux-même absorbé les substances etc. : la bioaccumulation. C’est le cas des animaux situés en bout de chaîne trophique comme les prédateurs.
    Ainsi un traitement par herbicide de la végétation des berges d’un point d’eau peut dégrader son habitat et sa capacité d’accueil faunistique.

    Contamination des eaux

    Le transfert de produits phytopharmaceutiques peut être de 2 types, relevant de solutions techniques ou règlementaires distinctes.

    • Les pollutions ponctuelles résultent le plus souvent d’erreurs de manipulation ou de négligence : débordement des cuves lors de la préparation de bouillies, rejet des fonds de cuve ou rinçage du matériel. Le risque de contamination des eaux dépendra en partie de la perméabilité des surfaces concernées ou de la proximité d’un puisard ou d’un fossé.
    • Les pollutions diffuses résultent principalement de l’entraînement de produits suite à leur utilisation.

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    Pollutions plastiques

    Les débris marins et notamment plastiques impactent la biodiversité de différentes manières : enchevêtrement de la faune et de la flore, ingestion, création de nouveaux habitats colonisés par des microorganismes (type bactéries), transport d'organismes exogènes...
    Ces différents impacts perturbent un ou plusieurs compartiments écologiques et influent sur l'équilibre de l’écosystème.

    Enjeux environnementaux

    « L'incidence des débris sur le milieu marin est préoccupante. Ces débris sont connus pour être nocifs pour les organismes et la santé humaine,  ils présentent un risque pour la navigation, ils sont esthétiquement préjudiciables et peuvent également transporter des contaminants sur longues distances. Les débris marins, et en particulier l'accumulation de débris de plastique, sont identifiés comme un problème mondial majeur aux côtés d'autres problèmes clés de notre époque, comme le changement climatique, l'acidification des océans et la perte de biodiversité.
    L’impact des petites particules de plastique (microplastiques, fragments de moins de 5 mm de diamètre) est particulièrement préoccupant, car un grand nombre d’organismes peuvent les ingérer. Les microplastiques trouvés dans l’environnement marin sont soit produits intentionnellement soit issus de la fragmentation d’éléments plus volumineux. La connaissance des microplastiques est encore limitée, mais il est à craindre que ces particules aient des effets physiques néfastes et des effets toxicologiques sur le biote.
    Outre leurs impacts sur la biodiversité, les débris marins peuvent également avoir des impacts socioéconomiques négatifs importants. Ils peuvent causer ou contribuer à des pertes économiques pour des industries telles que la pêche commerciale et la navigation, ainsi que les loisirs et le tourisme. »

    Impacts of Marine Debris on Biodiversity: Current Status and Potential Solutions, CBD Technical Series No. 67, Secretariat of the Convention on Biological Diversity, 2012

      Prise en compte dans la réglementation et surveillance

      La problématique des déchets marins, et notamment plastiques, a fait depuis l’objet de résolutions spécifiques à l’ONU, et est intégrée dans les plans d’actions des Conventions des mers régionales telles Ospar ou Barcelone-Méditerranée.
      La question des microplastiques fait ainsi l'objet de divers enjeux et dispositifs réglementaires : Microplastic Pollution - The Policy Context, Background Paper, European Commission’sScientific Advice Mechanism, 15 November2018

      Le dispositif de mise en oeuvre de la directive cadre Stratégie pour le milieu marin (DCSMM) s’est lui doté d’un descripteur spécifique Déchets marins, décliné en 3 indicateurs de pression (rivages, surface et plancher océaniques, microplastiques) et un indicateur d’impact (ingestion par les organismes aquatiques). Il précise et renforce la mise en œuvre d’actions de surveillance et d’évaluation au niveau des sous-régions marines, sur une base juridique plus ferme.

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      Contaminants "émergents"

      Le qualificatif « émergent » est souvent employé pour désigner des familles de contaminants mis en lumière de façon récente, à la faveur d’études scientifiques révélant leur prégnance dans tel ou tel milieu, ou encore des risques qu’ils font encourir aux organismes vivants.
      Cette mise en lumière peut se faire selon plusieurs degrés, depuis l’implication de la seule communauté scientifique jusqu’à des situations de médiatisation large auprès du grand public, en particulier lorsque des impacts sur la santé humaine sont suspectés voire avérés.

      Lorsque les instances de régulation évaluent les risques comme suffisamment préoccupants, ils peuvent perdre leur statut « émergent » et rejoindre la liste des polluants réglementés, qu’il s’agisse du champ environnemental ou du champ sanitaire.
      Cette réglementation peut concerner la simple surveillance des contaminants, ou aller jusqu’à leur interdiction d’usage et retrait du marché.

      Familles de contaminants émergents, réglementation et surveillance

      Exemples récents d’émergences

      • Les résidus de médicaments présents dans les milieux aquatiques et ressources en eau : leur détection a été rendue possible grâce au progrès de la chimie analytique dans les années 2000. Cela concerne notamment les résidus d'antibiotiques et de produits biocides, suspectés de favoriser l’occurrence de souches de bactéries antibiorésistantes.
      • Les résidus de produits cosmétiques, dont la quantification dans les milieux aquatiques se généralise actuellement : des impacts importants sont suspectés, tel que l’effet des crèmes solaires sur les récifs coralliens.
      • Les perturbateurs endocriniens, famille très large qui couvre autant des résidus naturels (hormones) ou pharmaceutiques (contraceptifs), que des plastifiants (bisphénols, phtalates ), des retardateurs de flammes : les effets sont étudiés sur l’homme et sur la biodiversité (différenciation sexuelles chez le poissons).
      • Les pesticides néonicotinoïdes : nocifs pour les pollinisateurs et les invertébrés en général.

      Réglementation et surveillance

      Au  niveau européen, une partie de ces familles sont prises en charge dans le cadre DCE au sein du dispositif de liste de vigilance (2018). Il instaure une surveillance pan-européenne de certaines molécules afin d’évaluer leur inscription dans la définition de l’état chimique des eaux de surface.

      Au niveau français, un dispositif de surveillance prospective est développé depuis 2012. Il a déjà abouti à l'intégration de certains de ces contaminants dans la réglementation DCE.


      Perturbateurs endocriniens

      Comme expliqué en introduction de la seconde Stratégie nationale sur ce sujet, les phénomènes de perturbation endocrinienne ont commencé à attirer l’attention de la communauté scientifique dès les années 1950, et fortement depuis les années 1990. Depuis, les recherches ont permis de mieux comprendre ces substances même s’il reste encore beaucoup d’inconnus.

      Les perturbateurs endocriniens modifient le cycle des hormones naturelles au sein de l’organisme. Il s'agit d' « une substance ou un mélange de substances qui altère les fonctions du système endocrinien et, de fait, induit des effets nocifs sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou de (sous)populations » (Organisation mondiale de la santé - OMS)

      Impact sur la santé humaine et animale

      Les effets des perturbateurs endocriniens peuvent se manifester de manière différée dans le temps, ou encore se transmettre d’une génération à l’autre. Ces exemples de caractéristiques les rendent difficiles à étudier.

      Toutefois, de nombreux effets potentiels sur les organismes vivants ont été mis en évidence.
      Le développement de certains cancers (du sein, des testicules, de la prostate...), des malformations d’organes reproducteurs, des troubles de la reproduction et du neurodéveloppement, la modification du ratio entre mâles et femelles au sein de certaines populations d’espèces ont été associés à l’action de certaines substances perturbatrices endocriniennes.

      Les perturbateurs endocriniens se retrouvent dans les différents milieux (air, eau, sol) et nous y sommes exposés par plusieurs voies (ingestion, inhalation, contact avec la peau).
      L’exposition et par conséquent les effets néfastes se placent à l’échelle de l’individu, des espèces et des écosystèmes.

      En savoir plus: Stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens 2

      Des substances nombreuses et omniprésentes

      Plus de 800 composés connus et déversés dans les eaux (ONU) peuvent interférer avec le système endocrinien :

      • hormones « naturelles » : œstrone, œstradiol, androgènes, progestérone, phyto-œstrogènes,
      • substances à activité hormonale de synthèse : éthynyl-œstradiol, hormones de substitution, additifs à alimentation animale,
      • certains médicaments à usage humain et vétérinaire : antibiotiques, analgésiques, antifongiques, antiparasitaire, beta-bloquants,
      • certains cosmétiques induisent des perturbations endocrines oestrogeniques ou anti-androgéniques : parabènes, certains dérivés de Muscs, et les filtres UV,
      • une pléthore de substances chimiques :
        • plastifiants : phtalates DiEthylHexyl Phthalate - DEHP, bisphénol A,
        • certains produits détergents : alkylphénols, éthoxylates,
        • herbicides (atrazine) et pesticides (dichlorodiphényltrichloroéthane - DDT, dichlorodiphényldichloroéthylène - DDE et autres organochlorés),
        • Polychlorobiphényles - PCB et produits de dégradation (dioxines et furanes),
        • les hydrocarbures aromatiques polycycliques- HAP, certains métaux (Cd) et organo-métaux (tributylétain, biocide Tributyl-étain - TBT), etc.

      Aller plus loin

      Depuis plusieurs décennies, de nombreux travaux notamment sur les pollutions aquatiques ont montré qu’en plus des matières organiques brutes et des nutriments, les activités humaines entraînent le transfert de flux de micropolluants chimiques écotoxiques, comprenant des composés organiques tels que des pesticides, résidus pharmaceutiques, plastifiants, et métaux dissous.

      Les pollutions chimiques, qu'elles soient d'origines industrielles, agricoles ou issues de nos activités quotidiennes, entraînent une dégradation de la qualité des eaux qui est susceptible d’avoir un impact négatif sur les écosystèmes aquatiques, la biodiversité et la santé publique. Elles sont au cœur de la politique publique de préservation des ressources aquatiques, notamment de la directive européenne cadre sur l’eau.